TUNIS — Les transactions de paiement mobile ont progressé de 31,5 % sur un an au premier semestre 2026, à cinq millions d'opérations pour un montant de 914,2 millions de dinars, en hausse de 17,7 % en valeur. Les chiffres proviennent du bulletin périodique « Paiements en chiffres en Tunisie » publié ce mois-ci par la Banque centrale de Tunisie.

Le reste du document invite à plus de prudence. Le nombre de wallets recensés atteint 218 886, contre 207 524 un an plus tôt, soit une hausse de 5,5 %. Le parc de cartes bancaires s'établit à 6,151 millions d'unités, avec 3 427 distributeurs et guichets automatiques, 45 600 terminaux de paiement électronique et 1 456 sites marchands actifs. Le virement conforte sa place de premier moyen de paiement télécompensé, la lettre de change consolide sa deuxième position en valeur, et l'usage du chèque poursuit le recul entamé en 2025.

Lire les deux chiffres ensemble

Une hausse de 31,5 % des transactions face à une hausse de 5,5 % des wallets signifie que la croissance vient d'utilisateurs déjà équipés qui transigent davantage, non de nouveaux entrants. Le wallet moyen a réalisé environ 23 opérations en six mois, pour une valeur moyenne d'environ 183 dinars. C'est le profil d'une base d'usagers restreinte et fidélisée, pas celui d'un moyen de paiement en train de se généraliser.

L'ordre de grandeur mérite d'être énoncé simplement. La Tunisie compte environ 12 millions d'habitants et 6,15 millions de cartes bancaires. Elle compte 218 886 wallets mobiles. Le paiement mobile croît vite parce que presque personne ne l'utilisait.

L'infrastructure d'acceptation explique une part du blocage. Avec 1 456 sites marchands actifs sur l'ensemble du pays et 45 600 terminaux de paiement, le réseau physique reste mince dès qu'on sort de la grande distribution des grandes villes. Le consommateur qui souhaite payer électroniquement ne le peut souvent pas, et la persistance de l'espèce et du chèque tient moins à une préférence qu'à une acceptation absente au comptoir.

Ce que dit vraiment le recul du chèque

Le repli du chèque est souvent présenté comme une preuve de digitalisation. Il découle au moins autant de la réforme du droit du chèque de 2024, qui a durci les conditions d'émission et l'exposition pénale — un changement qui a poussé les entreprises vers la lettre de change plutôt que vers la carte ou le wallet. Business News relève d'ailleurs que la lettre de change consolide sa deuxième place en valeur. La substitution entre deux instruments papier n'équivaut pas à un basculement vers le paiement électronique, et confondre les deux embellit le bilan de la digitalisation.

Rapporté au programme gouvernemental, l'écart est visible. Un conseil ministériel restreint tenu le 15 août a passé en revue 114 projets numériques en cours et annoncé le lancement imminent de l'application « Khadamet », qui doit offrir plus de 40 services administratifs avec paiement électronique par carte bancaire, carte postale ou portefeuille virtuel. Ces services seront réglés sur les rails que décrivent ces chiffres. Si l'adoption des wallets progresse de 5,5 % par an, la couche de paiement contraindra la couche de service.

Les leviers proposés

Les opérateurs comme la Banque centrale ont identifié des leviers précis, et ils n'ont rien d'inédit. L'interopérabilité entre schémas de mobile money et comptes bancaires — pour qu'un wallet ne soit pas enfermé dans l'écosystème d'un seul émetteur — est la mesure qui a le plus accéléré l'adoption au Maroc et sur les marchés d'Afrique de l'Est ; elle demeure partielle en Tunisie. La baisse des commissions marchandes et du coût des terminaux pour les petits commerçants s'attaque directement au déficit d'acceptation, puisque la contrainte se situe sur la marge du commerçant et non sur la volonté du client. Enfin, le virement instantané de compte à compte, gratuit ou quasi gratuit, tel qu'il a été déployé au Brésil et dans la zone euro, déplace généralement l'espèce et le chèque plus vite que les schémas cartes.

La Banque centrale publie ces données chaque trimestre, ce qui constitue en soi une discipline utile : la trajectoire est mesurable. En l'état, le paiement électronique en Tunisie croît à un rythme impressionnant, depuis une base assez basse pour que le rythme ne soit pas encore le sujet.