BEN AROUS — Bako Motors a expédié vendredi vingt véhicules électriques vers l'Allemagne, première exportation d'un véhicule électrique de fabrication tunisienne vers ce marché. Le lot a quitté l'usine de l'entreprise, implantée dans la zone industrielle d'El Mghira au gouvernorat de Ben Arous, en présence du ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, et du gouverneur de Ben Arous, Abdelhamid Boukadida.

L'Allemagne n'est pas la première destination d'exportation de l'entreprise — Bako commercialise déjà ses véhicules en Italie, en France, au Qatar et en Arabie saoudite — mais c'est la première à s'ouvrir après l'obtention, il y a quelques semaines, de l'homologation européenne ECE, qui fait d'elle, selon ses propres termes, le premier constructeur tunisien de véhicules électriques à détenir cette certification.

L'entreprise annonce une trajectoire : 88 véhicules exportés d'ici la fin de 2026, puis 800 en 2027.

Pourquoi l'homologation est la vraie information

Les vingt véhicules comptent moins que le document qui a rendu leur expédition possible. L'homologation européenne est la porte qui sépare un constructeur vendant sur des marchés acceptant un véhicule à des conditions nationales d'un constructeur capable de vendre sur l'ensemble du marché unique. L'obtenir suppose de satisfaire un standard de sécurité, d'émissions et de construction que la plupart des petits constructeurs de la région ne tentent même pas.

Dorra El Borji, directrice générale du Commerce extérieur, situe le taux d'intégration locale des véhicules Bako au-dessus de 40 %, grâce notamment à des câbles électriques, de l'aluminium, certains textiles et plusieurs pièces industrielles fabriqués en Tunisie. C'est le second point notable. La filière automobile tunisienne — environ 280 entreprises et quelque 95 000 emplois, pour 3,9 milliards de dollars d'exportations en 2025 et un deuxième rang africain — s'est construite presque entièrement sur des composants fabriqués selon le cahier des charges d'un autre. Un véhicule complet à 40 % d'intégration locale, c'est une autre position dans la chaîne de valeur.

L'écart entre 20 et 800

Le plan annoncé suppose de multiplier le volume exporté par quarante en dix-huit mois. Bako emploie 68 personnes et déclare avoir vendu plus de 400 véhicules sur le marché tunisien depuis sa création.

Deux conditions doivent être réunies simultanément pour que le chiffre de 2027 tienne. La production doit changer d'échelle, ce qui, pour une entreprise de cette taille, signifie du capital, de la surface industrielle et une base de fournisseurs capable de tenir la qualité en volume. Et la demande doit être récurrente : une première expédition en présence d'un ministre est un événement de communication ; un carnet de commandes est une relation commerciale. Rien de ce qui a été publié n'indique si l'envoi allemand est un pilote ou le premier tirage d'un contrat cadre.

Le contexte intérieur n'est pas neutre non plus. La Tunisie encourage le véhicule électrique par des mesures incitatives, mais La Presse rapportait le même jour le calvaire des propriétaires : bornes hors service, files d'attente, coupures d'électricité. Un constructeur dont le marché domestique ne parvient pas à recharger son produit a une raison structurelle d'exporter — et une base intérieure fragile pour financer sa montée en puissance.

Ce qui réduirait le risque

Les instruments habituellement proposés pour ce type de transition sont connus. Les organisations professionnelles mettent en avant les programmes de développement fournisseurs, qui qualifient les entreprises locales au standard de rang 1 exigé par les acheteurs européens, afin que le taux d'intégration locale progresse au lieu de devenir un plafond. Les instruments de crédit et de garantie à l'exportation comptent tout autant à ce stade : l'écart de trésorerie entre fabriquer 800 véhicules et être payé pour eux est précisément là où les entreprises de cette taille échouent, et c'est ce que le financement public à l'export est censé combler.

L'État s'est déjà engagé sur la filière — un projet d'Automotive Smart City de 1,3 milliard de dinars, et des objectifs de 14 milliards de dinars d'exportations de composants et de 150 000 emplois d'ici 2027. Que Bako atteigne ou non ses 800 véhicules sera un indicateur précoce raisonnable de la capacité de ce cadre à produire des constructeurs, et pas seulement des assembleurs.