TUNIS — La Fédération tunisienne de football a officialisé la nomination de Mouine Chaâbani au poste de sélectionneur de l'équipe nationale senior lors de la réunion de son bureau fédéral, mardi 28 juillet, sur un contrat de quatre ans courant jusqu'en 2030. Le bureau a également validé la composition du staff technique qui l'accompagnera.
Chaâbani, 45 ans, arrive de la Renaissance sportive de Berkane, au Maroc, qui avait confirmé son départ le 17 juillet après accord sur une clause libératoire ; son contrat y courait jusqu'en juin 2027.
Cette nomination clôt une recherche ouverte après la Coupe du monde. La Tunisie a été éliminée au premier tour avec trois défaites — face à la Suède, au Japon et aux Pays-Bas — un bilan qui laisse peu de place à l'interprétation et qui a fixé les termes de la décision fédérale.
Pourquoi lui
Le dossier de Chaâbani repose sur son travail national et continental plutôt que sur une expérience internationale. Il s'est fait un nom à l'Espérance de Tunis, où il a enchaîné les titres de champion et remporté la Ligue des champions de la CAF, avant d'entraîner dans un championnat marocain devenu l'environnement le plus exigeant du football nord-africain. Il connaît le vivier tunisien de l'intérieur, ce qui compte pour un poste qui relève d'abord de la sélection et de l'organisation, et non de l'entraînement quotidien.
C'est aussi l'argument inverse. Il n'a jamais dirigé de sélection nationale, et les compétences ne se transposent pas mécaniquement. Un entraîneur de club travaille tous les jours avec son effectif ; un sélectionneur dispose de quelques rassemblements par an et doit bâtir une équipe cohérente avec des joueurs qui arrivent fatigués de quatre championnats différents. C'est un autre métier, et plusieurs techniciens de club estimés y ont échoué.
La clause des quatre ans
La durée du contrat est le détail le plus révélateur. La Tunisie a changé de sélectionneur à un rythme qui rendait toute continuité impossible — le banc a été remis en jeu à plusieurs reprises au fil des dernières campagnes qualificatives, le plus souvent après un seul tournoi raté, et chaque changement a remis à zéro l'effectif, le système et la filière des jeunes. S'engager jusqu'en 2030 est, sur le papier au moins, la décision d'en finir avec cette habitude.
Reste à savoir si la clause résistera aux résultats, et la réponse honnête est que les fédérations honorent rarement les contrats longs quand un tournoi tourne mal. La valeur d'un bail de quatre ans ne se réalise que si la fédération traite la première fenêtre qualificative décevante comme une étape du plan et non comme un verdict sur celui-ci.
Ce dont il hérite
L'effectif est en transition. La génération qui a porté la Tunisie lors des deux dernières Coupes du monde arrive en fin de cycle et la succession n'est pas réglée — un reproche récurrent dans le football tunisien est que la passerelle entre le championnat local et la sélection s'est rétrécie, tandis que les binationaux qui comblent le vide sont courtisés par d'autres fédérations dès les catégories espoirs.
Les problèmes structurels ne lui appartiennent pas à lui seul. Les clubs de Ligue 1 vivent sous une contrainte financière chronique, plusieurs d'entre eux incapables de conserver leurs meilleurs éléments le temps d'un seul été ; le champion en titre a passé ce mercato à défendre son effectif plutôt qu'à le renforcer. Une sélection est en aval de son championnat, et le bilan de la fédération en matière de licences de clubs et de formation dessinera ce que Chaâbani aura à choisir en 2029.
Son premier examen compétitif viendra du calendrier qualificatif autour duquel la saison 2026-2027 a été construite : l'exercice, qui s'ouvre le 22 août, a été ponctué de trois fenêtres internationales destinées aux éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations.