TUNIS — La Fédération tunisienne de football a accordé aux clubs un délai supplémentaire, jusqu'au 17 août, pour finaliser les procédures nécessaires à l'obtention de la licence de la saison 2026-2027. Annoncée samedi, cette prolongation ne laisse que cinq jours entre la nouvelle échéance et la première journée de Ligue 1, prévue les 22 et 23 août.
La fédération explique que ce délai doit permettre aux formations concernées de régulariser leur situation, notamment en concluant des accords réglant leurs litiges financiers. Elle ne les a pas nommées.
Le lendemain, l'un des clubs au cœur de l'inquiétude de cet été semblait tiré d'affaire. L'Étoile Sportive du Sahel pourra obtenir sa licence après le règlement de 18 litiges financiers au cours de l'été, grâce au travail de sa commission indépendante des litiges et au soutien de ses supporters. Certains dossiers ont été intégralement soldés ; d'autres ont été clôturés par des accords combinant le versement d'une avance et un échéancier. Le financement de cette opération a bénéficié d'une adhésion inhabituellement forte à la campagne d'abonnements et des ventes des nouveaux maillots.
Ce que la licence vérifie réellement
La licence en question n'est pas un fair-play financier à l'européenne. Il s'agit du système d'octroi de licence aux clubs instauré par la Confédération africaine de football et appliqué à l'échelle nationale par les fédérations membres, sur la base de critères sportifs, administratifs, juridiques, infrastructurels et financiers. Sur le volet financier, un club doit démontrer qu'il n'a plus de dettes échues envers d'anciens joueurs, entraîneurs, salariés ou d'autres clubs, dans les catégories visées par le règlement.
Cela n'implique pas que chaque dinar soit versé immédiatement. Une dette cesse d'être échue si elle a été payée, reportée par un accord écrit accepté par le créancier, ou valablement contestée devant une juridiction compétente. Un échéancier formel peut donc suffire, à condition d'être respecté. C'est pourquoi la prolongation de la FTF est formulée autour d'« accords » plutôt que de paiements, et pourquoi un club peut passer de la crise à la conformité en quelques semaines.
La sanction, lorsque les critères ne sont pas remplis, ne se limite pas aux compétitions continentales. Un club qui échoue aux critères obligatoires du règlement national peut se voir refuser la licence nécessaire à son engagement en Ligue 1.
Le même été, chaque été
Le dossier étoilé donne l'ordre de grandeur. Selon Tunisie Numerique, le club devait traiter environ 5,8 millions de dinars pour obtenir sa licence, dont 1,3 million réglé au 12 juillet selon le porte-parole du comité provisoire, Marouane Tefifha. Ce montant ne représente qu'une fraction de sa situation d'ensemble : la dette globale de l'Étoile atteignait 105,5 millions de dinars au 30 juin 2025, dont environ 24 millions dus aux joueurs et aux staffs et près de 53 millions à l'ancien président Ridha Charfeddine. Le CS Hammam-Lif, promu, devait selon Nessma Sport clôturer des dossiers urgents d'environ 635 000 dinars. Le Club Athlétique Bizertin reste financièrement fragile mais, en l'état des informations publiques, relève de la surveillance plutôt que d'une échéance précise.
Le phénomène est structurel. Au 13 juillet, les clubs tunisiens cumulaient encore 14 litiges actifs devant la FIFA. Le mécanisme se répète : un club signe un contrat qu'il ne peut pas financer durablement, le créancier obtient une décision définitive, et les sommes doivent être trouvées dans l'urgence — souvent par des dirigeants qui n'ont pas signé le contrat initial, et de plus en plus par les supporters, les collectivités locales et les entreprises publiques régionales.
Ce qui romprait le cycle
Tunisie Numerique, qui a examiné les trois cas en détail, estime qu'un sauvetage populaire peut préserver une saison mais ne remplace pas une politique de contrôle budgétaire, et conclut sur la question que pose chaque année le calendrier des licences : combien de temps le football tunisien attendra-t-il les dernières semaines de l'été pour découvrir si ses clubs ont encore le droit administratif de disputer un championnat qu'ils ont pourtant gagné sportivement ?
Le règlement lui-même indique où se situe le levier. Puisque les accords de report satisfont au critère financier, la contrainte véritable ne se joue pas à la date limite mais au moment de la signature du contrat. La publication des décisions de licence et de leurs motifs aiderait également : la Jeunesse Sportive Kairouanaise a dénoncé en juin un traitement inégal, certains clubs devant payer intégralement quand d'autres négociaient des échéanciers — un grief difficile à trancher précisément parce que ces décisions ne sont pas rendues publiques.
Les supporters étoilés ont acheté une saison à leur club. La fédération vient d'en offrir neuf jours à trois ou quatre autres.