TUNIS — Le Club Africain a décroché en mai son quatorzième titre de champion, au bout d'un but dans la dernière minute face à l'Espérance de Tunis. Deux mois plus tard, le champion découvre que le plus difficile, dans le football tunisien, est de conserver l'équipe qui a gagné.
Le club a déjà perdu son capitaine : le milieu Moataz Zemzemi s'est engagé pour trois saisons avec le CSKA Sofia, en Bulgarie, selon La Presse. L'attaquant Firas Chaouat est courtisé par le club libyen d'Al Ahly Benghazi — les discussions se poursuivent et un départ reste plausible — tandis que l'entraîneur Faouzi Benzarti est intervenu personnellement pour convaincre le latéral gauche Oussama S'hili de prolonger. Une recrue est arrivée : le milieu Mootez Zaddem, engagé pour deux ans après avoir quitté l'Irakien Al Chorta.
L'économie derrière l'exode
Le schéma est connu dans toute la Ligue 1 : des clubs endettés, aux revenus domestiques plafonnés, ne peuvent rivaliser avec les salaires du Golfe, de la Libye ou même de l'Europe de l'Est. Une saison de titre devient une vitrine. Le dilemme du champion — se renforcer pour la Ligue des champions africaine tout en luttant pour garder ses cadres — résume la faiblesse structurelle du football tunisien : il forme des talents qu'il ne peut retenir.
Ce qu'exigerait la rétention
Les leviers sont identifiés. Les primes continentales — un beau parcours en Ligue des champions rapporte plusieurs fois un titre national — sont la seule recette capable de financer des salaires compétitifs : la campagne africaine à venir est donc financièrement existentielle, pas seulement sportive. Contrats longs signés tôt, clauses de revente qui transforment les départs en revenus, académies qui remplacent les stars au lieu de les pleurer : c'est le manuel classique, celui qui a fondé la décennie de régularité continentale de l'Espérance.
Benzarti, reconduit pour une deuxième saison après le sacre, saura à la fermeture du mercato s'il défend une équipe championne — ou s'il en reconstruit une.