TUNIS — Le Journal officiel de la République tunisienne a publié le décret présidentiel n° 206 de 2026, daté du 12 août, qui proroge d'une année supplémentaire la proclamation d'une zone frontalière tampon aux confins désertiques du pays. La prorogation prend effet le 29 août 2026.

La zone couvre les régions désertiques frontalières du sud, du sud-est et de l'ouest — les tronçons faisant face à la Libye et à l'Algérie. Il s'agit d'un périmètre militaire fermé : l'accès et la circulation à l'intérieur exigent une autorisation des forces armées.

Une mesure devenue permanente

La zone tampon a été créée par le décret républicain n° 230 de 2013, daté du 29 août 2013, dans les mois qui ont suivi les attaques du mont Chaambi et l'effondrement de l'autorité de l'État de l'autre côté de la frontière libyenne. Elle avait alors été présentée comme un périmètre de sécurité exceptionnel et temporaire.

Elle est reconduite chaque année depuis, par décrets présidentiels successifs. La prorogation de cette année est la quatorzième consécutive. Selon le texte du décret tel que rapporté par les médias tunisiens, elle a été prise après consultation de la cheffe du gouvernement et du président de l'Assemblée des représentants du peuple.

Ce que la reconduction ne dit pas

Business News, en retraçant l'histoire du dispositif, le décrit comme un mécanisme sécuritaire reconduit sans interruption depuis 2013 sur les deux frontières, algérienne et libyenne.

Ce que les décrets successifs ne contiennent pas, c'est une évaluation. Chaque reconduction est un texte administratif bref : il proroge la proclamation de douze mois et n'ajoute rien. Aucun bilan public de la situation sécuritaire ne l'accompagne, aucun compte rendu de ce que le périmètre a permis d'obtenir, aucune condition énoncée sous laquelle il serait levé ou réduit. Le Parlement est consulté à travers son président mais ne vote pas.

C'est là la critique de fond, et la Tunisie l'a déjà entendue dans un cas parallèle. L'état d'urgence, proclamé en 2015, est prorogé sans interruption depuis — le dernier renouvellement, en janvier 2026, l'a porté à une dixième année consécutive. Dans les deux cas, l'objection formulée par les juristes et les organisations de défense des droits n'est pas que la préoccupation sécuritaire soit inventée, mais qu'une mesure conçue comme exceptionnelle a été convertie en régime permanent par la routine administrative, sans justification publique périodique.

L'arbitrage que personne n'a chiffré

La zone tampon recouvre la partie la moins prospère du pays. Les gouvernorats frontaliers du sud et de l'ouest affichent les taux de chômage les plus élevés de Tunisie et des économies qui ont historiquement dépendu, formellement et informellement, du commerce transfrontalier. Y restreindre la circulation a un coût économique. Aucun document officiel publié à l'appui des quatorze reconductions n'a tenté de le mesurer, ni de le mettre en regard du bénéfice sécuritaire invoqué.

La réforme la plus modeste qui répondrait à cela ne touche pas au périmètre lui-même : publier, avec chaque décret annuel, un bilan sécuritaire et socio-économique indiquant ce que la zone permet d'obtenir et ce qu'elle coûte aux populations qui y vivent. Cela restituerait à une mesure d'exception la seule caractéristique qui distingue une exception d'un état de fait permanent : l'obligation de la justifier à nouveau chaque année.

Il s'agit d'une décision sécuritaire de la présidence. La justification gouvernementale et les critiques résumées ici sont attribuées à leurs auteurs ; l'observation sur l'absence de bilan publié découle du texte même des décrets.