TUNIS — Le bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a présenté vendredi, devant la deuxième session ordinaire de son assemblée générale, le bilan de ses activités pour la période allant de janvier 2025 à juillet 2026. Le document décrit une période marquée par une « dégradation du climat des libertés ».

Le rapport, dont La Presse et Directinfo ont publié la teneur, revient sur trois axes de travail : la défense de la liberté de la presse, la protection des droits professionnels et sociaux des journalistes, et le suivi des atteintes visant la profession. Il est désormais soumis aux délégués pour discussion et adoption des recommandations qui en découleront.

Deux crises simultanées

Le tableau dressé par le SNJT est celui d'un secteur pris en tenaille.

La première contrainte est juridique. Le bureau indique avoir assuré, tout au long de la période, le suivi des dossiers de journalistes visés par des poursuites judiciaires ou placés en détention. Il réitère son appel au respect des décrets-lois n°115 et n°116, qui régissent le secteur, et renouvelle sa demande de révision de plusieurs textes, au premier rang desquels le décret-loi n°54 relatif à la diffusion de fausses informations.

La seconde est économique, et c'est elle qui, dans le récit du syndicat, produit les dégâts les plus silencieux. Le rapport fait état de la poursuite de la fermeture de certains médias, de licenciements de journalistes, de retards récurrents dans le versement des salaires et d'une précarité persistante de l'emploi, qui frappe en particulier les indépendants et les salariés employés sous des contrats non conformes à la législation.

Les deux dimensions sont liées. Une rédaction incapable de payer ses salaires à échéance a peu de moyens de défendre ses journalistes devant un tribunal, et un reporter sous contrat irrégulier est moins protégé lorsqu'une plainte est déposée.

La mesure extérieure

Le constat interne rejoint le constat international. Dans le classement 2026 de Reporters sans frontières, publié en avril, la Tunisie occupe le 137e rang sur 180 pays, en recul de huit places par rapport au 129e rang de l'année précédente, avec un score qui passe de 43,48 à 40,43. Six ans plus tôt, en 2020, le pays figurait au 72e rang.

RSF attribuait cette dégradation à un faisceau de facteurs : l'affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels depuis la Constitution de 2022, le décret-loi 54 perçu comme un instrument susceptible de restreindre la liberté d'expression, la dépendance des rédactions aux recettes publicitaires, et un climat de plus en plus hostile, marqué par les campagnes de dénigrement en ligne et les poursuites judiciaires.

Ce que demande le syndicat

Les remèdes avancés par le SNJT sont précis plutôt que généraux. Le syndicat demande l'application du cadre existant — les décrets-lois 115 et 116 — et non son remplacement, et il demande la réouverture du décret-loi 54. Sur le volet économique, ses revendications portent sur l'application du droit du travail à l'intérieur des entreprises de presse : des contrats conformes au code, des salaires versés à échéance, et la fin de l'emploi durable de journalistes sous statut précaire.

Sur la période couverte, le bureau dit avoir mobilisé rassemblements de protestation, visites d'entreprises, suivi de dossiers et communiqués publics pour porter ces demandes. Reste à savoir si la session en cours les traduira en recommandations contraignantes — et si l'une d'elles atteindra un jour le Journal officiel.