TUNIS — Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu mercredi au palais de Carthage Ali Abbès, président de la Commission nationale de conciliation pénale, et lui a demandé d'accélérer le traitement des dossiers, selon le compte rendu de la présidence publié par La Presse et repris par Tuniscope.
L'entretien a porté sur l'état d'avancement des travaux de la commission et sur les dossiers déposés par les personnes ayant opté pour une conciliation que la présidence qualifie de sincère. Le chef de l'État a affirmé que le droit de l'État à recouvrer les deniers publics ne saurait faire l'objet ni de prescription ni de compromission avec ce qu'il a désigné comme les vestiges de l'ancien système, infiltrés selon lui au sein de plusieurs institutions.
Il a également mis en garde contre les dédales procéduraux exploités, a-t-il dit, non pour parvenir à des solutions équitables mais pour faire traîner les affaires ou pratiquer un chantage déguisé. L'État, a-t-il ajouté, ne cherche ni la vengeance ni le maintien des intéressés en détention ou en fuite à l'étranger, mais uniquement la restitution des deniers du peuple.
Le dispositif et son état actuel
La conciliation pénale a été instaurée par décret en 2022. Dans son principe, elle permet à des personnes poursuivies pour corruption financière de négocier un accord — remboursement ou financement de projets de développement — en contrepartie de l'extinction des poursuites. Kaïs Saïed l'a constamment présentée comme un moyen d'orienter les fonds récupérés vers les régions les plus défavorisées, et a rappelé mercredi qu'il en avait formulé l'idée dès 2012.
La commission que préside aujourd'hui Ali Abbès est la troisième. Selon La Presse, la précédente était à l'arrêt depuis septembre 2024. Magistrat de troisième grade — le sommet de la hiérarchie judiciaire tunisienne —, Ali Abbès a été nommé en juin ; il a été procureur général près la Cour de cassation avant de diriger le Contentieux de l'État. Les nouveaux membres ont prêté serment devant le président le 26 juin à Carthage.
Un dispositif difficile à évaluer
La difficulté, pour juger de l'efficacité du mécanisme, tient à l'absence d'éléments de comparaison. La Presse relevait en juillet que depuis la création du dispositif en 2022, aucune institution officielle ne semble avoir publié de bilan consolidé des commissions successives : nombre de dossiers reçus, part ayant abouti à un accord signé, sommes effectivement versées au Trésor. Seuls des chiffres partiels ont circulé, divulgués oralement par des membres des commissions à différentes dates.
Cette lacune joue dans les deux sens. Elle empêche l'opinion d'apprécier le rendement du dispositif ; elle empêche aussi l'exécutif d'en démontrer un, s'il existe. Le diagnostic présidentiel de mercredi — des dossiers délibérément ralentis — n'est vérifiable par personne à l'extérieur de la procédure.
Le dossier Ridha Charfeddine illustre ces frictions. Sa défense affirme depuis décembre 2025 qu'il a engagé une démarche de conciliation pénale ; le 13 juillet, la chambre criminelle spécialisée du Tribunal de première instance de Tunis a de nouveau reporté son procès, ainsi que celui de deux autres accusés, à la demande de la défense et dans l'attente de l'issue de cette procédure. La Presse notait que ces reports successifs contrastent avec l'appel présidentiel à conclure rapidement et sans marchandage.
Ce qui rendrait la troisième tentative mesurable
La proposition la plus fréquemment avancée par les commentateurs tunisiens sur ce dossier ne porte pas sur la loi mais sur la transparence. La Presse plaidait en juillet pour la publication d'un bilan complet de l'activité des commissions depuis 2022 — dossiers traités, accords signés, sommes versées —, estimant qu'à défaut, le doute continuerait d'être alimenté plutôt que la confiance.
Des organismes comparables de recouvrement d'avoirs ailleurs publient des rapports périodiques précisément pour cette raison : un mécanisme qui traite les cas individuels de manière confidentielle peut malgré tout en publier les agrégats. Que la nouvelle commission adopte ou non cette pratique constituera un indicateur précoce et assez fiable de ce qui distingue cette tentative des deux précédentes.