TUNIS — Rached Ghannouchi, président du parti d'opposition Ennahdha, âgé de 85 ans, a mis fin mardi 10 août à une grève de la faim de cinq jours ainsi qu'à la suspension de son traitement médical, a indiqué son comité de défense, après que l'équipe médicale qui le suit à l'hôpital le lui a demandé.

Le comité précise que la direction de la prison civile de Mornaguia a informé ses avocats que Rached Ghannouchi avait accepté de lever ce mouvement de protestation, entamé le 6 août. Dans un communiqué, Ennahdha s'est félicité de la décision de son président de suivre les recommandations médicales, en rappelant son âge avancé et l'existence de maladies chroniques.

Le parti n'a pas pour autant considéré le dossier comme clos. Il a exigé la levée de ce qu'il qualifie d'« isolement imposé par la ministre de la Justice », le rétablissement de son droit légal à recevoir la visite de ses avocats et de sa famille, ainsi que sa libération, estimant que sa détention — qui entre dans sa quatrième année — est arbitraire. Ennahdha a déclaré tenir les autorités pour responsables de toute dégradation supplémentaire de son état de santé et avoir engagé des démarches légales contre « tous les responsables de cette situation ».

Le ministère de la Justice et l'administration pénitentiaire n'avaient pas répondu publiquement à cette version des faits dans les articles consultés pour cet article.

Ce que visait la grève

Rached Ghannouchi est incarcéré depuis avril 2023. Une grève de la faim menée par un détenu de cet âge est, concrètement, un moyen de communication de dernier recours : c'est le seul levier dont dispose une personne qui ne peut pas tenir de conférence de presse et dont les avocats affirment ne pas pouvoir la joindre de façon fiable. Qu'elle se soit doublée d'un refus de traitement — la moitié la plus dangereuse du mouvement pour un homme atteint de maladies chroniques — indique comment son équipe de défense évaluait ses options.

Le grief immédiat porte sur l'accès, non sur la condamnation elle-même. Sa famille et ses avocats avaient signalé onze jours sans nouvelles après son malaise en prison le 17 juillet, et les revendications publiées mardi répètent le même point : des visites, et un avocat dans la pièce.

La faille que révèle le dossier

Le droit tunisien et le règlement pénitentiaire prévoient les visites des avocats et de la famille, ainsi que la prise en charge médicale. Le litige ne porte pas sur l'existence de ces droits sur le papier, mais sur l'identité de celui qui vérifie leur application, et dans quel délai. Aujourd'hui, ce qui se passe à l'intérieur de Mornaguia parvient au public presque exclusivement par les avocats du détenu, et se heurte au silence plutôt qu'à une version officielle contradictoire. C'est cette asymétrie qui transforme une question médicale en question politique.

Elle fait aussi courir à l'État un risque qu'il n'a aucun intérêt à assumer. Rached Ghannouchi a 85 ans. Toute dégradation en détention lui serait imputée par défaut, précisément parce qu'aucun constat indépendant ne permet d'affirmer le contraire.

Ce qui trancherait le différend factuel

Les instruments capables de régler ce point existent déjà en droit tunisien. L'Instance nationale pour la prévention de la torture (INPT), créée en 2013, dispose d'un mandat légal pour effectuer des visites inopinées des lieux de détention et publier ses constats ; une visite de l'INPT et un rapport sur les conditions de détention et le dossier médical de Rached Ghannouchi substitueraient un constat vérifiable aux communiqués concurrents.

Au-delà, les autorités pénitentiaires et sanitaires peuvent publier des bulletins médicaux périodiques pour les détenus à forte visibilité, comme cela se pratique dans plusieurs systèmes européens — une divulgation étroite, qui répond à la question sanitaire sans toucher au dossier judiciaire. Les organisations de défense des droits humains qui suivent l'affaire demandent constamment les deux mêmes choses : une évaluation médicale indépendante et un accès sans entrave au conseil.

Ni l'une ni l'autre n'exige de modifier la loi. Toutes deux affranchiraient l'État de sa dépendance à une source unique et contestée d'information sur un prisonnier dont la santé est devenue un enjeu politique national.