TUNIS — La famille et les avocats de Rached Ghannouchi, chef du parti d'opposition Ennahdha âgé de 85 ans, affirment n'avoir pu ni le voir ni le contacter depuis onze jours, depuis son hospitalisation à la suite d'un malaise en prison — un dossier devenu emblématique du traitement des opposants incarcérés.
Son fils, Moadh Ghannouchi, indique que les avocats ont vu son père pour la dernière fois quelques jours avant qu'il ne perde temporairement connaissance le 17 juillet, et que toutes les demandes de visite à l'hôpital ont depuis été refusées, selon Al Jazeera. Des membres de l'équipe de défense vont plus loin et qualifient la situation de disparition forcée au regard du droit international, rapporte Barlaman Today.
Les autorités n'avaient pas réagi publiquement à ces affirmations au moment de la publication de ces informations.
Pourquoi ce dossier compte
Ancien président du Parlement dissous, M. Ghannouchi est emprisonné depuis 2023 dans des affaires que ses partisans jugent politiques. Son cas cristallise le bras de fer engagé depuis juillet 2021 entre le pouvoir du président Kaïs Saïed et l'opposition, marqué par les poursuites visant des dizaines de responsables politiques, d'avocats et de journalistes.
Le différend sur l'accès n'est pas un détail de procédure. En droit tunisien comme au regard des normes internationales, le droit d'un détenu à voir son avocat et sa famille constitue une garantie fondamentale. Les organisations de défense des droits soulignent de longue date qu'une détention au secret prive le prisonnier de tout contrôle indépendant sur son état — une inquiétude d'autant plus vive s'agissant d'un homme de 85 ans hospitalisé après une perte de connaissance.
Les issues possibles
Les demandes formulées sont précises : accès immédiat des avocats et de la famille, information médicale indépendante sur son état, et respect des règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, qui imposent notification et accès en cas d'hospitalisation. Des mécanismes onusiens ont déjà réclamé exactement ces mesures dans des dossiers tunisiens antérieurs.
La réponse des autorités — accès, information ou silence prolongé — sera lue, en Tunisie comme à l'étranger, comme un indicateur de l'état du droit dans le pays.