TUNIS — Deux jours après la visite nocturne et non annoncée de Kaïs Saïed à Gabès, la Présidence de la République a annoncé que des unités industrielles seraient démantelées « selon une stratégie claire ». Le communiqué, publié à l'issue d'une réunion tenue mercredi au palais de Carthage et relayé jeudi matin par l'agence TAP, ne désigne ni les installations concernées ni une échéance.
Le chef de l'État a reçu le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, le ministre de l'Équipement et de l'Habitat, Salah Zouari, également chargé de la gestion du ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, ainsi que le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar. Selon le texte, le président a assuré que les établissements et entreprises publics poursuivraient leur activité.
Ce que le communiqué dit — et ne dit pas
Le passage sur le démantèlement suit immédiatement une séquence consacrée à Gabès, région où, selon les propos rapportés du président, « l'environnement a été assassiné ». Cet enchaînement renvoie au complexe du Groupe chimique tunisien, à l'origine du phosphogypse rejeté dans le golfe, sans que l'entreprise soit jamais nommée.
Le périmètre est par ailleurs plus étroit qu'il n'y paraît. Lors de sa visite du 10 août, Kaïs Saïed avait évoqué le démantèlement des unités devenues obsolètes ou hors d'état de fonctionner, précisant que l'opération pourrait s'étaler sur plusieurs années. Il les distinguait des unités réparées afin d'empêcher les émissions polluantes. Aucune annonce ne porte donc sur la fermeture de l'ensemble du complexe.
Trois éléments manquent au dossier public : la liste des unités, un calendrier et un coût. Sans eux, l'annonce reste invérifiable en dehors de l'exécutif — c'est précisément ce qui a rendu difficiles à suivre les engagements précédents sur Gabès.
Le cadrage anticorruption et la réponse de Gabès
Lors de la même réunion, le président a présenté le démantèlement des réseaux de corruption comme un préalable à la satisfaction des revendications régionales, accusant ces réseaux d'attiser les tensions par des incendies, des coupures d'eau et d'électricité ou des entraves administratives. Le communiqué n'apporte aucun élément précis à l'appui de ces accusations.
Le collectif Stop Pollution, de son côté, a réitéré sa demande : le démantèlement de toutes les unités polluantes, et non d'une liste choisie par le gouvernement. Des militants cités par la presse tunisienne après la visite estiment que des unités présentées comme réparées continuent d'émettre, et qu'un dispositif de mesure indépendant serait le seul moyen de trancher.
Ce qui rendrait la promesse vérifiable
Les propositions actuellement formulées viennent des militants plutôt que de l'État : publier la liste des unités et l'ordre de leur démontage ; publier des mesures continues de l'air et de l'eau de mer, auditées de façon indépendante ; et adosser toute fermeture à un plan de redéploiement des salariés, le complexe figurant parmi les premiers employeurs de la région. La Présidence, elle, s'est engagée publiquement à maintenir l'activité des entreprises publiques — engagement que la liste qu'elle publiera viendra mettre à l'épreuve.