TUNIS — L'eau en bouteille est revenue dans les rayons tunisiens ce week-end, après une semaine où elle en avait largement disparu. C'est le symptôme le plus domestique d'un été où les deux services publics les plus élémentaires du pays ont cessé de fonctionner à répétition.

La pénurie n'était pas due à la sécheresse. Les embouteilleurs ont expliqué à la presse tunisienne que les coupures d'électricité avaient interrompu les chaînes de production et, dans certaines petites unités, endommagé les équipements par les fluctuations de tension. S'y est ajoutée une tension internationale sur le granulé de PET, matière première des préformes, et une canicule qui a fait bondir la demande. Des détaillants en ont profité pour augmenter les prix.

Cet enchaînement — un réseau qui flanche, une usine à l'arrêt, un rayon vide, un prix qui monte — est la meilleure illustration disponible de ce que trois semaines de délestage ont fait à la vie quotidienne.

Ce qui s'est passé, et pourquoi

Depuis le 12 juillet, la STEG applique des coupures tournantes programmées alors que les températures approchaient les 50 °C dans certaines régions. La pointe de consommation a été rapportée autour de 6 000 mégawatts, pour une capacité de production installée plus proche de 4 600. L'écart, la société le comble en délestant plutôt qu'en risquant l'effondrement complet du système.

L'eau a suivi. La SONEDE est l'un des plus gros clients de la STEG : ses stations de pompage et de traitement dépendent du même réseau. Sa direction a expliqué publiquement que ce que vivent les habitants relève moins de « coupures » que d'un ajustement entre production disponible et demande, contraint par l'alimentation électrique et des limites techniques. La formule est mal passée auprès de foyers restés plus de vingt-quatre heures sans eau ni électricité.

Les coûts, eux, sont concrets. Des manifestations ont eu lieu à Menzel Abderrahmane, dans le gouvernorat de Bizerte, où des pneus ont été brûlés au centre-ville, ainsi qu'à Zaghouan, Nabeul, Monastir et Sousse, avec des routes bloquées. L'hôpital Abderrahmane Mami de l'Ariana a signalé un afflux de patients en insuffisance respiratoire chronique et annoncé la mobilisation de tous ses moyens. Hamza Meddeb, chercheur au Carnegie Middle East Centre, a déclaré à Al Jazeera que du bétail mourait, que des restaurants fermaient et que des personnes âgées tombaient malades.

Les incendies sont arrivés en même temps. La Direction générale des forêts a recensé près de 4 400 hectares brûlés entre le 1er mai et le 23 juillet, contre 2 705 hectares sur la même période l'an dernier — une hausse d'environ 63 %, concentrée sur Zaghouan, Béja, Bizerte, Le Kef et Jendouba. L'Italie a dépêché des moyens aériens via le mécanisme européen de protection civile, l'Algérie a engagé une coopération opérationnelle directe entre protections civiles, et l'Égypte a proposé son aide sans en préciser encore la forme.

La réponse de l'État

Le 22 juillet, Kaïs Saïed a réuni au palais de Carthage les responsables de la STEG et de la SONEDE ainsi que plusieurs ministres, qualifiant d'inacceptables les coupures prolongées et exigeant leur arrêt immédiat. Il a depuis affirmé suivre la situation de près et averti que « l'État agira fermement contre quiconque tenterait d'aggraver la situation dans le pays ». Au Parlement, le président de l'ARP Ibrahim Bouderbala a appelé les citoyens à ne pas laisser la colère s'emballer, citant d'autres pays sortis de crises comparables par une gouvernance saine.

Ce qui manque, c'est un plan. Une instruction d'arrêter les coupures n'ajoute pas un mégawatt. Ni la présidence ni les deux sociétés n'ont publié de calendrier de délestage, d'échéancier de réparation, ni de bilan des capacités indisponibles et de leurs causes. Un analyste basé en Tunisie, s'exprimant anonymement auprès d'Al Jazeera par crainte de représailles, le résume ainsi : les pays savent que la demande grimpe l'été et s'y préparent ; la Tunisie, dit-il, n'a ni argent, ni investissement, ni plan.

Hamza Meddeb relève un second trait du moment : la colère vise la STEG et la SONEDE, parfois le gouvernement, rarement la présidence. Cet écart n'est pas fortuit dans un pays où, comme le soutient Salsabil Chellali, directrice de Human Rights Watch pour la Tunisie, la critique a été progressivement criminalisée — dernier cas en date, le chroniqueur Heythem El Mekki, condamné à un an de prison pour une publication vieille de trois ans et aujourd'hui hors du pays.

Ce qu'il serait possible de faire

Aucune des solutions disponibles n'est exotique, et la plupart figurent déjà dans les documents officiels tunisiens.

La première relève de la gestion de la demande plutôt que du délestage aveugle : des programmes de coupure publiés et prévisibles, pour que hôpitaux, embouteilleurs, chaînes du froid et exploitations agricoles puissent s'organiser ; des dispositifs tarifaires ou incitatifs pour déplacer la charge industrielle hors de la pointe du soir ; des mesures d'efficacité d'urgence chez les plus gros consommateurs. L'hôtellerie en offre un exemple vivant : des professionnels tunisiens ont diffusé une liste de mesures peu coûteuses pour limiter la surconsommation électrique estivale des hôtels, du plancher de thermostat à la climatisation asservie à l'occupation.

La deuxième relève de la production. La Tunisie a porté son objectif renouvelable à 35 % du mix électrique et lancé des appels d'offres de plusieurs gigawatts ; une centrale solaire de 132 MW à Mahamla, dans la délégation de Menzel Habib à Gabès, a été présentée fin juillet — 340 millions de dinars d'investissement, près de 302 GWh par an, mise en production visée en juin 2029. C'est la bonne direction et le mauvais calendrier pour l'été 2026, et c'est précisément le sujet : la capacité qui manque cette année est celle qui n'a pas été mise en service il y a cinq ans.

La troisième ne coûte rien : la transparence. Une société qui publie ce qui est en panne, ce qui est en réparation et quand le courant sera coupé est une société autour de laquelle on peut s'organiser. À défaut, il ne reste que l'instruction présidentielle d'arrêter les coupures — et aucun moyen de vérifier si elle est suivie.