TUNIS — Le Conseil supérieur de l'Éducation et de l'Enseignement a tenu sa séance inaugurale lundi 17 août à son siège, à proximité de la place Pasteur à Tunis, ouvrant officiellement une institution qui existait sur le papier depuis le décret n° 204 de 2026 mais qui n'avait pas de membres avant la semaine dernière. Le président Kaïs Saïed s'est rendu sur place le même jour, a pris connaissance de l'avancement des travaux du Conseil et a souligné son rôle central dans l'amélioration des performances du système éducatif, de l'enseignement, de la recherche scientifique et de la formation professionnelle.

La composition de l'instance a été achevée par un décret présidentiel daté du 12 août et publié au Journal officiel. Il nomme les membres de son Instance supérieure et désigne Mohamed Ali Boughdiri — ministre de l'Éducation jusqu'en 2024 — au poste de secrétaire général. Les autres membres cités sont Tijani Gmati, Youssef Ben Othman, Chiraz Stambouli, Rim Laribi, Kamel Henid, Mohamed Habib Allani et Mohamed Seifallah Ben Abderrazak. Cinq jours ont séparé leur nomination de la séance qui a lancé les travaux du Conseil.

Selon les textes qui le régissent, le Conseil est chargé d'examiner les grandes questions relatives à l'éducation, à l'enseignement, à la recherche scientifique et à la formation professionnelle, et de formuler des orientations et des recommandations pour ces secteurs. Le calendrier n'est pas neutre : la rentrée scolaire s'ouvre dans la seconde quinzaine de septembre et le gouvernement a approuvé, lors d'un conseil ministériel plus tôt ce mois-ci, 67 millions de dinars d'aides supplémentaires pour la rentrée.

Ce que le Conseil peut faire, et ce qu'il ne peut pas faire

Le mandat publié du Conseil est consultatif. Il formule des orientations et des recommandations ; il ne légifère pas, ne dispose pas de pouvoir budgétaire et ne dirige pas le ministère de l'Éducation. Ses membres sont nommés par décret présidentiel plutôt qu'élus par les secteurs qu'ils sont censés représenter, et les textes fondateurs rendus publics à ce jour ne précisent ni comment les syndicats d'enseignants, les instances universitaires, les associations de parents et les étudiants y sont représentés, ni si ses avis doivent être publiés.

Le point n'est pas théorique. La Tunisie a déjà eu des structures nationales de réforme éducative. Une consultation nationale sur l'éducation a été menée en 2015 et 2016 et a débouché sur un livre blanc ; ses recommandations n'ont pas été traduites en loi de réforme. La réforme du système éducatif figure depuis dans les programmes gouvernementaux successifs. L'obstacle n'a jamais été le manque de diagnostic, mais l'absence d'une instance dotée de l'autorité et de la continuité nécessaires pour transformer ce diagnostic en textes et survivre aux changements de ministre.

Un conseil consultatif à membres nommés peut apporter la continuité. Qu'il apporte l'autorité dépend de son acceptation par la profession — et les principaux syndicats d'enseignants, qui ont multiplié les mouvements sociaux sur les salaires et les conditions de travail, n'ont pas été visiblement associés au processus de nomination.

Ce qui pourrait le rendre opérant

Des instances comparables offrent ailleurs un modèle peu coûteux. Le Conseil supérieur des programmes en France et le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique au Maroc publient intégralement leurs avis et leurs rapports annuels, ce qui permet au public de mesurer l'écart entre ce qui a été recommandé et ce que le gouvernement en a fait. Tous deux comportent une représentation statutaire du corps enseignant, et le conseil marocain produit une évaluation nationale périodique du système scolaire devenue le document de référence du débat public dans le pays.

Trois mesures permettraient de juger le Conseil tunisien sur ses résultats plutôt que sur son mode de désignation : publier l'intégralité des textes fondateurs et les avis au fur et à mesure de leur adoption ; accorder un siège défini aux syndicats d'enseignants, aux instances universitaires et aux associations de parents ; et s'engager sur une première évaluation publique du système scolaire assortie d'une date. Aucune n'exige de dépense nouvelle. La première séance a eu lieu. Ce que le Conseil produira d'ici la rentrée dira s'il s'agit d'une institution de travail ou d'une annonce de plus.