TUNIS — Ce texte est une tribune du comité éditorial de The Tunisian Times. Les faits sur lesquels il s'appuie sont sourcés ci-dessous ; les jugements nous appartiennent.

Chaque été, le même drame silencieux se rejoue. Les climatiseurs bourdonnent à travers le pays, la demande sur le réseau grimpe vers son pic annuel, et la compagnie nationale surveille les compteurs de gaz — alimentés, d'une manière ou d'une autre, depuis l'autre côté de la frontière algérienne. La lumière reste allumée, le plus souvent. Mais la marge est mince, empruntée, et payée dans une devise que le pays n'a pas en trop.

Comment la Tunisie en est arrivée là est une histoire de soixante ans qui mérite d'être racontée honnêtement — car la sortie dépend de la compréhension de l'entrée.

L'héritage : d'exportateur à dépendant

Le pétrole a été découvert à El Borma, dans l'extrême sud, en 1964 — une véritable aubaine pour la jeune république. Pendant une génération, les hydrocarbures ont payé les factures : le champ a culminé en 1983, et la Tunisie est restée exportatrice nette d'énergie jusqu'aux environs de l'an 2000. Disons-le clairement : la dépendance n'est pas une fatalité ancienne. Elle est récente, à portée de mémoire vivante.

Ce qui s'est passé est indramatique et cumulatif. Les vieux champs ont décliné — El Borma a produit environ 99 % de ses réserves récupérables —, les découvertes nouvelles furent modestes, la demande a crû avec la classe moyenne, et les gouvernements successifs ont traité l'énergie comme un bien social à subventionner plutôt que comme un secteur stratégique à reconstruire. En 2022, près de la moitié des besoins énergétiques du pays étaient importés. Le déficit énergétique a atteint environ 9 milliards de dinars en 2023 — la plaie la plus large d'une balance commerciale chroniquement hémorragique.

Le présent : un seul combustible, presque un seul fournisseur

Aujourd'hui, le système électrique tourne au gaz naturel — 94,9 % de la production en 2025, encore 91 % fin mai 2026. Et ce gaz vient de plus en plus d'un seul endroit : 63 % acheté directement à l'Algérie, 11 % supplémentaires perçus en redevances sur le gaz algérien transitant vers l'Italie. Ajoutez l'électricité importée par la même frontière, et l'arithmétique est brutale : environ les trois quarts du combustible derrière un interrupteur tunisien impliquent un fournisseur étranger unique.

Soyons justes là où la justice s'impose. L'Algérie a été un partenaire fiable, et le gaz de gazoduc d'un voisin coûte moins cher que la plupart des alternatives. Les ingénieurs de la STEG font tourner un système vieillissant sous des pics estivaux redoutables. Et les renouvelables, partis d'un maigre 4 % de la production en 2025, ont accéléré : la capacité verte installée a atteint 1,21 gigawatt fin 2025, et les sources propres fournissaient environ 9 % de la production ce printemps.

Mais un bilan honnête doit dire aussi ceci : pour un pays doté d'un des meilleurs ensoleillements de la Méditerranée, 9 % n'est pas une réussite. C'est le réquisitoire de deux décennies d'hésitation — appels d'offres retardés, autorisations enlisées, compagnie publique trop fragile financièrement pour investir, et un débat énergétique mené en slogans plutôt qu'en mégawatts.

Les risques de l'immobilisme

Les risques ne sont pas hypothétiques. Un système énergétique à fournisseur unique est une contrainte de politique étrangère autant qu'économique ; aucun gouvernement ne négocie librement avec la main qui chauffe ses foyers. La facture des subventions et celle des importations nourrissent les déficits mêmes qui maintiennent la Tunisie dans les antichambres des bailleurs. Le changement climatique augmente la demande estivale tout en raréfiant l'eau dont dépendent les centrales thermiques et toute future filière hydrogène. Et chaque année de retard verrouille une année de contrats gaziers de plus — un milliard de dinars de plus qui aurait pu financer panneaux et lignes.

Les chances : ce qui bouge enfin

C'est pourtant aussi, pour une fois, un moment d'opportunité réelle — et le nier serait un pessimisme malhonnête. L'État a relevé son objectif renouvelable de 30 à 35 % du mix électrique d'ici 2030 et lancé des appels d'offres pour deux gigawatts, avec des plans d'investissement de l'ordre de 900 millions de dinars par an. L'interconnexion ELMED — un câble sous-marin de 600 mégawatts vers l'Italie, financé par la BERD et la Banque mondiale, dont les grands contrats ont été attribués en juin — reliera physiquement les électrons nord-africains aux marchés européens vers 2028. Pour la première fois, le soleil tunisien a une route d'exportation.

Les critiques méritent d'être entendues. Les voix qui alertent sur un « colonialisme vert » — une Tunisie exportant de l'électricité propre vers l'Europe pendant que son propre réseau souffre — posent une question légitime sur les bénéficiaires de la transition, comme l'a soutenu récemment une tribune d'Al Jazeera. La réponse, selon nous, n'est pas de rejeter le câble mais d'ordonner les priorités : l'approvisionnement national d'abord, la recette d'exportation ensuite, et des droits fonciers et hydriques négociés en transparence avec les communautés qui accueillent les projets.

Ce qu'il faut faire maintenant

Les éléments d'une politique énergétique sérieuse n'ont rien de mystérieux, et aucun n'est de notre invention — ils sont le point de convergence des études nationales sur l'autosuffisance à l'horizon 2050, des banques de développement et des professionnels du secteur. Exécuter les appels d'offres de deux gigawatts dans les délais, et publier les calendriers pour que le retard ait un coût politique. Assainir les finances de la STEG — aucune transition ne passe par une compagnie en faillite —, ce qui suppose d'affronter, graduellement et en protégeant les plus modestes, un système de subventions qui récompense aujourd'hui la consommation plutôt que l'efficacité. Ouvrir le réseau au solaire distribué sur les toits d'usines et les exploitations agricoles, là où les projets sont petits, rapides et tunisiens. Utiliser ELMED pour gagner des devises — et les flécher vers le réseau. Et traiter l'efficacité énergétique — le kilowatt le moins cher étant celui qu'on ne consomme pas — comme la première ressource, non comme une note de bas de page.

La Tunisie a passé ses soixante premières années d'indépendance à dépenser un héritage géologique. Le prochain héritage est déjà au-dessus de nos têtes, gratuit, chaque jour. La seule question est : combien d'étés d'arithmétique gazière le pays acceptera-t-il encore avant de le réclamer ?