TUNIS — La Bourse de Tunis a suspendu la cotation lors de deux séances consécutives cette semaine, après un repli du Tunindex supérieur à 3 % chaque jour — première activation du coupe-circuit deux fois d'affilée depuis des années.
L'indice de référence a cédé 3,47 % mardi pour clôturer à 19 739,81 points, déclenchant l'article 3.7 du Règlement de parquet, qui prévoit une suspension d'une heure au-delà de - 3 % et l'arrêt de la séance entière au-delà de - 5 %. Le franchissement du seuil s'étant produit vers 12h10, à proximité de la clôture, la pause a mécaniquement mis fin à la journée. Le dispositif s'est déclenché de nouveau mercredi sur une seconde baisse de plus de 3 %. Le marché a retrouvé son calme en fin de séance, rapporte Web Manager Center.
Le Conseil du Marché Financier (CMF) a convoqué mercredi une réunion d'urgence réunissant le ministère des Finances, la Banque Centrale de Tunisie et les acteurs de la place.
D'où vient la chute
Le contexte est celui d'un rallye peu commun. Le 17 juillet, le Tunindex inscrivait un sommet historique à 21 552,73 points, en hausse d'environ 60 % depuis le début de l'année et de quelque 83 % sur douze mois, selon l'intermédiaire MAC SA. À de tels niveaux, une vague de prises de bénéfices était, écrit la maison, non seulement probable mais attendue. Le mouvement s'était d'ailleurs amorcé : - 3,27 % la semaine précédente, puis - 1,9 % lundi, tirés par le secteur bancaire.
Le déclencheur cité par les analystes est réglementaire. Le décret n° 148 de 2026, qui encadre les nouveaux crédits d'honneur à taux zéro dans le sillage de la réforme du chèque, est arrivé sur un marché dont les poids lourds sont des banques — les titres les plus sensibles à toute règle touchant leur coût du risque ou leur rentabilité. Tunisie Valeurs rappelle que cette orientation était prévisible dès la loi de 2024 ; le marché a réagi avec nervosité malgré tout.
Ce que l'épisode a mis au jour
Les intermédiaires s'accordent à dire que le mécanisme a fonctionné comme prévu. MAC SA relève une liquidité maintenue tout au long du repli — plus de 11 MDT échangés mardi, 9,6 MDT lundi, après une semaine à plus de 70,5 MDT — signe d'une correction ordonnée plutôt que d'une débandade, et des fondamentaux intacts : chiffres d'affaires en hausse de 4,64 %, produit net bancaire en progression de 4,9 %, PER moyen du marché à 14,5 fois contre 19,3 fois à Casablanca.
Le constat inconfortable est structurel. La cote tunisienne est dominée par les investisseurs particuliers, avec trop peu d'argent institutionnel local pour absorber la liquidité en période de stress. Faute de ces « mains fortes », note Web Manager Center, le mimétisme amplifie chaque mouvement — et c'est ainsi qu'une correction prévisible devient deux coupe-circuits.
Ce qui changerait la donne
Les remèdes évoqués par les professionnels sont peu spectaculaires et lents. La prévisibilité réglementaire d'abord : publier l'étude d'impact d'un décret comme le n° 148 avant qu'il n'atteigne le marché, et donner assez d'éléments sur l'origine des flux vendeurs pour que les investisseurs ne procèdent pas par conjectures. La profondeur ensuite — une base institutionnelle domestique élargie, assureurs et épargne de long terme capables d'acheter quand le retail vend.
Le consensus des maisons de la place est que la hausse généralisée a pris fin et qu'une phase de sélection s'ouvre. Son caractère ordonné dépendra des résultats semestriels encore à confirmer, et de la part des 60 % des six derniers mois qui relevait des bénéfices plutôt que de l'élan.