TUNIS — Les deux premières sources de devises de la Tunisie ont drainé 9,659 milliards de dinars durant les sept premiers mois de 2026, selon les indicateurs publiés cette semaine par la Banque centrale de Tunisie. Sur la même période, pourtant, la couverture des importations en devises a perdu dix jours par rapport à l'année dernière.
Les revenus du travail des Tunisiens résidant à l'étranger ont atteint 5,3009 milliards de dinars au 31 juillet, contre 5,0396 milliards un an plus tôt, soit une hausse d'environ 5,2 %. Les recettes touristiques cumulées se sont établies à 4,3581 milliards de dinars, contre 4,1613 milliards, en progression de près de 4,7 %. Ensemble, les deux lignes rapportent 458,1 millions de dinars de plus qu'à la même date en 2025.
Les avoirs nets en devises s'élevaient à 23,1108 milliards de dinars au 3 août, soit 91 jours d'importation, contre 101 jours un an auparavant. La Banque centrale impute l'essentiel de ce recul au remboursement d'un eurobond de 700 millions d'euros.
Ce que disent les deux chiffres pris ensemble
Le montant global est un record en dinars courants. Rapporté au reste des données, le résultat est plus étroit qu'il n'y paraît.
Les deux flux progressent, mais aucun ne progresse assez vite pour modifier la position extérieure du pays. Les recettes touristiques ont augmenté de 4,7 % en valeur nominale alors que l'inflation s'établissait à 5,1 % en juillet : en pouvoir d'achat, les recettes du secteur sont donc à peu près stables. Les transferts des TRE croissent légèrement plus vite, à 5,2 %, et représentent désormais 55 % du total. La proportion compte : ces transferts sont des envois de ménages, déterminés par la taille et les revenus de la diaspora, non par une décision d'investissement intérieure. C'est la plus fiable des deux lignes, et celle sur laquelle la politique tunisienne a le moins de prise.
Le chiffre des réserves est le point où les deux récits se rejoignent. Des entrées record ont coïncidé avec une perte de dix jours de couverture parce qu'une part importante des devises encaissées est immédiatement ressortie au titre du service de la dette extérieure. La devise qui transite par Tunis fonctionne moins comme un matelas que comme un couloir vers les créanciers.
La question structurelle derrière la ligne « tourisme »
La croissance plus lente du tourisme est la partie sur laquelle une politique publique peut agir. La saison reste concentrée sur une courte fenêtre estivale et sur un produit balnéaire vendu à faible marge via des tour-opérateurs étrangers : un modèle qui produit du volume en arrivées mais peu de valeur par visiteur. Des entrées en hausse pour des recettes qui stagnent en termes réels est la signature arithmétique de ce modèle.
Le ministre du Tourisme, Sofiane Tekaya, a reçu cette semaine au siège du ministère l'ambassadeur d'Espagne en Tunisie, Isidro Antonio González Afonso, pour évoquer l'intérêt de grands groupes hôteliers espagnols pour une implantation sur le marché tunisien. Les opérateurs espagnols ont bâti leur industrie sur une base soleil-et-mer comparable avant de la faire monter en gamme par le renouvellement des actifs et la gestion de marque ; le ministère présente ces échanges comme une voie d'amélioration de la qualité du parc hôtelier tunisien plutôt que de son volume.
Perspective
Les mois restants de 2026 diront si les recettes d'août parviennent à combler l'écart avec l'inflation, et quelle part des devises encaissées survivra à la prochaine échéance extérieure. Sur les propres chiffres de la BCT, la variable à suivre n'est pas le montant des entrées — régulier et prévisible — mais la fraction qui reste dans le pays.