TUNIS — En une semaine, les services de contrôle ont extrait plus de 70 000 litres d'eau minérale de dépôts non déclarés dans deux gouvernorats. Cette eau se trouvait bien sur le territoire, pendant que les rayons des commerces des mêmes villes restaient vides.

La saisie la plus importante remonte à vendredi, à La Kalâa Sghira, dans le gouvernorat de Sousse : les unités de la sécurité nationale y ont découvert près de 40 000 litres — 3 144 bouteilles de 1,5 litre et 70 332 bouteilles d'un demi-litre — entreposés dans un local anarchique. Elle intervenait deux jours après une campagne conjointe du 5 août qui avait permis de retrouver 23 600 litres chez deux grossistes de Sousse ville et de Hammam Sousse. Samedi, les équipes de contrôle économique de la direction régionale du Commerce de Nabeul, appuyées par la garde municipale, ont saisi 8 832 bouteilles dans la délégation de Mida. Près des deux tiers d'entre elles, soit 5 928 bouteilles, étaient stockées dans un dépôt destiné à la vente de matériaux de construction.

La directrice régionale du Commerce à Nabeul, Sihem Mabrouk, a indiqué que les bouteilles avaient été dissimulées afin de provoquer une pénurie artificielle et de tirer profit de la spéculation. Un procès-verbal économique a été dressé pour accaparement et spéculation, et la valeur des produits saisis doit être consignée auprès du Trésor public.

La pénurie n'a pas commencé avec les accapareurs

La rétention se greffe sur un problème d'approvisionnement bien réel. Le site financier Ilboursa, qui a examiné la filière, attribue la baisse des volumes mis sur le marché à trois causes convergentes : les coupures répétées d'électricité de juillet, qui ont ralenti ou arrêté les lignes d'embouteillage, la quasi-totalité des équipements de ces usines dépendant du réseau public ; la perturbation de l'approvisionnement mondial en polyéthylène utilisé pour les préformes et les bouchons, liée à la tension persistante autour du détroit d'Ormuz ; et un pic de consommation saisonnier alimenté par la canicule et la reprise normale de l'activité des cafés.

Aucune de ces trois causes n'est un choc de prix à la sortie d'usine. Le président de la Chambre syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées, Lassad Mezah, a démenti toute augmentation des prix de l'eau minérale au niveau de la production. Les hausses constatées se situent donc quelque part entre l'usine et le consommateur.

C'est précisément cet écart que l'Organisation de défense du consommateur (ODC) a visé dimanche. Sa vice-présidente, Thouraya Tebassi, a fait état de plusieurs plaintes portant à la fois sur la faible disponibilité du produit et sur la hausse des prix, et a dénoncé l'exploitation de la situation par des spéculateurs et des intermédiaires. Une crise d'approvisionnement, a-t-elle estimé, ne peut servir de prétexte à des augmentations injustifiées supportées par les ménages. Elle a assuré que le problème de disponibilité devrait être résorbé « bientôt ».

Ce qui est proposé

Le remède avancé par l'ODC est immédiat et circonscrit : privilégier les points de vente organisés et légaux, vérifier les prix affichés et pratiqués, signaler les hausses jugées abusives à l'organisation ou aux services du contrôle économique. Son raisonnement tient à une arithmétique simple : si les producteurs n'ont pas augmenté leurs tarifs et que des milliers de litres dorment dans des entrepôts, la hausse se fabrique en aval.

Les saisies dessinent un second remède, structurel, que les services de contrôle appliquent déjà : étendre l'inspection à l'ensemble de la chaîne plutôt qu'au seul point de vente. Le cas de Nabeul est éclairant, l'eau ayant été retrouvée dans un dépôt de matériaux de construction — un lieu qu'aucun contrôle commercial de routine n'aurait visité.

L'exposition la plus lourde reste en amont. Une industrie d'embouteillage dont les lignes s'arrêtent quand le réseau lâche produira une pénurie chaque fois qu'une canicule imposera des délestages. Le ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie a indiqué le 2 août qu'aucun nouveau délestage n'était attendu pour le reste de l'été. Si cette prévision se confirme, la production devrait se rétablir. Elle ne dit rien de ce qui se passera la prochaine fois.