TUNIS — Le taux d'inflation annuel s'est établi à 5,1 % en juillet, contre 5,3 % en juin, a annoncé mercredi l'Institut national de la statistique, prolongeant un ralentissement entamé au printemps : le taux était de 5,5 % en mai.

L'INS attribue l'essentiel du mouvement à l'alimentaire. Les prix du groupe « alimentation et boissons » ont progressé de 6,6 % sur un an en juillet, contre 7,1 % en juin. Deux groupes ont évolué en sens inverse : le tabac, qui accélère à 1,3 % contre 1,0 %, et les restaurants et hôtels, à 6,5 % contre 6,3 %.

L'inflation sous-jacente — hors produits alimentaires frais et produits à prix administrés — recule à 4,8 %, contre 4,9 %.

Pourquoi le taux global et le caddie divergent

Un taux qui baisse ne signifie pas que les prix baissent. Il signifie qu'ils augmentent moins vite. Pour un ménage, ce qui compte est le niveau, et ce niveau continue de grimper rapidement dans les catégories achetées chaque semaine.

La viande ovine reste la hausse la plus forte du panier alimentaire, à 16,7 % sur douze mois, après 18,3 % en juin. Les fruits frais accélèrent à 13,8 %, contre 11,0 %. La viande bovine est quasi stable, à 13,7 % contre 13,6 %, et la volaille ralentit à 12,5 % contre 13,5 %. Les poissons frais progressent de 11,6 %. À l'inverse, les huiles alimentaires reculent de 22,7 % sur un an, une baisse bien plus marquée que les 5,5 % du mois précédent.

Un consommateur qui achète de la viande, des fruits et du poisson vit donc une inflation proche des deux chiffres, alors que le chiffre publié affiche 5,1 %. Les deux sont exacts : ils ne mesurent pas la même chose. L'un est une moyenne pondérée sur l'ensemble du panier de consommation, l'autre en est la part que l'on ne peut pas différer.

Le clivage que l'INS souligne mois après mois

Le signal structurel le plus persistant de la note reste l'écart entre régimes de prix. Les produits à prix libres ont augmenté de 6,2 % sur un an ; ceux à prix administrés de 1,1 %.

Cette divergence relève d'une décision publique, non d'un accident de marché. Les prix administrés sont contenus par la subvention et l'encadrement, ce qui comprime l'indice mesuré tout en transférant le coût vers le budget de l'État. Le segment à prix libres — qui comprend l'essentiel de la viande fraîche, des fruits et des poissons — supporte, lui, l'intégralité des conditions d'offre : taille du cheptel, coût de l'aliment, eau, transport, et nombre d'intermédiaires entre le producteur et l'étal.

La présence répétée de la viande rouge en tête du classement, mois après mois, désigne l'offre plutôt que les conditions monétaires. La politique monétaire peut freiner la demande ; elle ne peut pas agrandir un cheptel national.

La suite

La Banque centrale de Tunisie a maintenu son taux directeur inchangé lors de ses dernières réunions, estimant que le ralentissement de l'inflation devait encore être confirmé avant toute évolution de sa politique monétaire. Le chiffre de juillet va dans ce sens sans être à lui seul décisif : l'inflation sous-jacente recule d'un dixième de point par mois et la composante alimentaire reste volatile.

La question des prochains mois est de savoir si l'effet saisonnier qui a poussé les fruits frais en juillet s'inverse à l'automne, et si le repli des huiles alimentaires se maintient. Si les deux se confirment, le taux global a encore de la marge pour baisser. Si la viande rouge reste à son niveau actuel, l'écart entre le taux officiel et la perception des ménages — ce sentiment de vie chère qu'aucun indice ne capte — persistera quoi qu'il advienne du chiffre publié.