TUNIS — Le déficit commercial de la Tunisie a atteint 14,96 milliards de dinars sur les sept premiers mois de 2026, contre 11,9 milliards de dinars sur la même période l'an dernier, selon les chiffres publiés mercredi par l'Institut national de la statistique (INS).

Les exportations ont progressé de 9,9 % pour s'établir à 40,64 milliards de dinars. Les importations ont augmenté plus vite, de 13,7 %, à 55,60 milliards de dinars. Il en résulte un taux de couverture — la part des importations financée par les exportations — d'environ 73 %.

La principale composante de l'écart est l'énergie. Le seul déficit énergétique s'élève à 7,95 milliards de dinars, soit plus de la moitié du total. Hors énergie, le déficit ressort à 7,01 milliards de dinars.

Ce que dit réellement le chiffre

Le chiffre des exportations n'est pas le problème. Une hausse de 9,9 % sur sept mois, dans une année de demande européenne faible, est une performance réelle des industriels et des agriculteurs tunisiens. Le déficit s'est creusé malgré tout, parce que la facture d'importation part d'une base supérieure d'environ 37 %. Quand les importations partent de plus haut, un même pourcentage de croissance de part et d'autre creuse encore l'écart en dinars — et ici, le rythme de progression des importations était en outre le plus rapide des deux.

C'est cette arithmétique qui explique que la promotion des exportations ne peut pas, seule, refermer le déficit dans la structure actuelle des échanges. Il faudrait à la Tunisie une croissance des exportations proche de 20 %, soutenue plusieurs années, pour rattraper une facture d'importation de cette taille.

La ligne énergétique est décisive

C'est vers l'énergie que la discussion doit se déplacer, car 7,95 milliards de dinars ne constituent pas un problème commercial que la politique commerciale peut résoudre. C'est le coût d'une structure nationale de production et de consommation. La Tunisie consomme plus d'hydrocarbures qu'elle n'en produit, importe la différence aux prix mondiaux, et importe en outre de l'électricité et du gaz pour un réseau visiblement sous tension cet été, avec des coupures répétées signalées à travers le pays.

Deux conséquences en découlent. D'abord, chaque dinar du déficit énergétique est aussi une créance sur les réserves en devises : la position extérieure et l'approvisionnement électrique constituent un seul et même dossier, pas deux. Ensuite, le déficit hors énergie de 7,01 milliards de dinars — la part que l'industrie, l'agriculture et les importations de consommation contrôlent effectivement — est désormais inférieur à la ligne énergétique. L'économie productive est plus proche de l'équilibre que le titre ne le laisse penser.

Ce qui est proposé

Le levier le plus direct, cité par les spécialistes de l'énergie comme par les documents de planification du gouvernement, est la production renouvelable. Chaque mégawattheure produit localement à partir du solaire ou de l'éolien est un mégawattheure de gaz non importé, et le Plan de développement 2026-2030 place la capacité solaire et l'interconnexion électrique ELMED avec l'Italie parmi ses investissements prioritaires. Le plan vise près de 30 milliards de dinars d'investissements en 2026, l'énergie figurant parmi les secteurs identifiés.

Des économistes pointent également la structure des subventions : tant que l'énergie est vendue en dessous de son coût d'importation, la demande ne reçoit aucun signal-prix, et l'État absorbe la différence dans le budget pendant que le pays l'absorbe en devises. Les propositions de réforme dans ce domaine — la plus difficile politiquement — associent généralement un ajustement tarifaire graduel à des transferts monétaires ciblés protégeant les ménages à faible revenu, modèle appliqué dans plusieurs pays de la région.

Du côté des exportations, les fédérations professionnelles plaident avec constance pour les mêmes mesures : des instruments de crédit et de garantie à l'export pour financer le besoin en fonds de roulement qui maintient les exportateurs de taille intermédiaire à un petit format, et des programmes de développement fournisseurs qui font monter les entreprises tunisiennes dans la chaîne de valeur au lieu de les laisser sous-traitantes du cahier des charges d'un autre.

Les chiffres de juillet ne tranchent pas entre ces options. Ils établissent en revanche où part l'argent.