TUNIS — L'économie tunisienne a progressé de 2,3 % au deuxième trimestre 2026 par rapport à la même période de l'année précédente, selon les premières estimations des comptes nationaux trimestriels publiées samedi par l'Institut national de la statistique. En données corrigées des variations saisonnières, le PIB en volume a augmenté de 1,4 % par rapport au premier trimestre, portant la croissance du premier semestre à 2,4 %.
Le chiffre prolonge une série de trimestres positifs. Mais il contient une fracture nette : ce qui croît dépend de la pluie et des visiteurs, ce qui recule est ce que l'on extrait du sol.
D'où vient la croissance
L'agriculture confirme son redressement avec une valeur ajoutée en hausse de 5,5 % sur un an, soit une contribution de 0,51 point de pourcentage à la croissance globale. Les services progressent de 1,9 % et apportent 1,18 point — le bloc le plus important. À l'intérieur des services, l'hôtellerie-restauration-cafés augmente de 4,6 %, l'information et la communication de 3,5 %, le transport de 1,7 %.
La construction croît de 3,6 %. Les industries manufacturières atteignent 0,9 %, soutenues par les industries diverses (+3,7 %), l'agroalimentaire (+2,1 %) et les industries mécaniques et électriques (+1,6 %). Pris dans son ensemble, le secteur industriel ne gagne pourtant que 0,3 % sur un an.
Et d'où elle ne vient pas
Le point faible est l'ensemble énergie, mines, eau, assainissement et gestion des déchets, dont la valeur ajoutée recule de 1,7 %. Les mines à elles seules chutent de 9,6 % ; l'extraction de pétrole et de gaz naturel baisse de 1,1 %.
Cette contraction n'a rien d'accidentel. C'est la même sous-performance du phosphate et des hydrocarbures qui façonne depuis plusieurs années la balance commerciale, la facture énergétique et les finances publiques du pays — et qui soustrait désormais, trimestre après trimestre, directement à la croissance.
Du côté de la demande, la demande intérieure — consommation et investissement — progresse de 3,3 % et contribue à hauteur de 3,61 points. Les échanges extérieurs tirent en sens inverse, avec une contribution de -1,33 point. Les exportations ne sont pas en cause : elles augmentent de 10,4 %. Les importations montent plus vite, à 11,2 %.
Ce que le chiffre ne règle pas
Business News relève que le résultat semestriel reste très en deçà de l'objectif que le gouvernement s'était fixé — un écart qui compte, puisque le budget 2026 et l'échéancier du service de la dette reposaient sur des hypothèses plus optimistes. Une révision budgétaire est en discussion : Maher El Kattari, président de la commission des finances et du budget à l'ARP, a indiqué qu'une loi de finances complémentaire pourrait être soumise à l'Assemblée en octobre.
La composition de ce trimestre porte aussi un avertissement. Le rebond agricole de 5,5 % part d'une base basse et dépend de la pluviométrie ; les services liés au tourisme sont saisonniers et exposés à la demande extérieure. Ni l'un ni l'autre ne constitue un substitut durable à la production extractive et manufacturière.
Les réponses aujourd'hui sur la table sont connues. La Banque centrale a abaissé son taux directeur de 50 points de base, à 7 %, pour soutenir l'activité. Un nouveau code des changes autoriserait, sous conditions, l'ouverture de comptes en devises pour les résidents — une rupture avec des décennies de contrôle strict dont les promoteurs attendent un accès facilité au financement pour les exportateurs. Et le redressement de la production de phosphate, pour lequel le gouvernement a engagé des garanties de l'État au profit de la Compagnie des phosphates de Gafsa, reste la variable qui inverserait le plus directement le recul minier de 9,6 % enregistré ce trimestre.