TUNIS — La Commission européenne a confirmé que la crevette rouge tunisienne est refusée à l'entrée du marché de l'Union européenne parce que les captures du pays ont dépassé le quota qui lui a été attribué par l'organisation régionale de gestion des pêches. L'explication, juridique et formelle, met un nom sur des semaines de cargaisons bloquées vers l'Italie que les exportateurs tunisiens décrivaient jusque-là comme un blocage administratif.

Interrogé par l'agence italienne Agenzia Nova, un porte-parole de la Commission a expliqué que les quotas 2026 de crevette rouge ont été arrêtés par la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) lors de sa 48e session annuelle en 2025, et qu'ils constituent « les limites de capture officielles que toutes les parties contractantes de la CGPM doivent respecter, y compris la Tunisie ». Les données révisées de captures et de production transmises par Tunis, ajoute-t-il, dépassent le quota alloué et ne sont donc pas conformes.

La conséquence découle mécaniquement du droit européen. En vertu du règlement contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) — et conformément au cadre fixé par la FAO — la pêche sans quota est qualifiée de pêche INN, et les États membres sont légalement tenus de refuser les importations concernées. Le quota tunisien pour 2026 s'élève à 36 000 kilogrammes ; plus de 50 960 kilogrammes avaient été certifiés à l'exportation vers l'UE, soit un dépassement supérieur à 41 %.

Le contre-argument tunisien

La position tunisienne ne conteste pas l'arithmétique. Elle conteste le dénominateur.

Dans une réponse écrite à une question parlementaire de la députée Fatma Mseddi, le ministère de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche fait valoir que les limites actuelles reposent sur des « données statistiques incomplètes et non représentatives des niveaux de capture réels » du pays. Le plan de gestion de la crevette rouge dans le détroit de Sicile, adopté par la CGPM en 2022, prévoyait des quotas distincts pour la Tunisie et l'UE sur une période transitoire de 2023 à 2025, avec une réduction annuelle de 3 % des captures autorisées. Tunis soutient que son quota national a été calculé à partir de chiffres issus de la base de données de la FAO, vérifiés en octobre 2022, qui ne reflétaient pas l'activité de pêche réelle du pays.

La Tunisie affirme qu'un examen de ses statistiques officielles a révélé des captures nettement supérieures à celles déclarées, et que les chiffres corrigés ont été saisis dans le système officiel de la CGPM le 6 mars 2024. La répartition est pourtant restée inchangée, souligne le ministère, parce qu'elle reposait aussi sur des données historiques présentées par la partie européenne. Sa conclusion : la Tunisie a été pénalisée pour avoir eu un système national de collecte encore en construction, face à un interlocuteur doté d'une base statistique plus solide.

Il y a dans ce grief une part juste et une part inconfortable. Les régimes de quotas récompensent celui qui compte le mieux : un pays qui a sous-déclaré ses débarquements pendant des années se retrouve enfermé dans une part réduite lorsque ces chiffres deviennent la base de la répartition, et corriger le registre après coup ne rouvre pas automatiquement la négociation. Mais la même logique vaut dans l'autre sens : un exportateur qui certifie 41 % de produit de plus que son quota a un problème de contrôle qui lui appartient, quelle que soit l'origine du quota.

La suite

Tunis a mis en place une cellule de crise chargée de coordonner la réponse technique et diplomatique, engagé des consultations entre les ministères de l'Agriculture et des Affaires étrangères et les professionnels, et entamé des échanges avec les autorités européennes en vue d'une reprise des exportations vers l'Italie. Des demandes formelles ont été déposées auprès de la CGPM pour une révision du quota national fondée sur les données de production actualisées déclarées en avril 2026, et pour un réexamen des limites fixées dans la recommandation en vigueur.

Bruxelles indique que des contacts sont en cours avec les autorités tunisiennes et celles des États membres concernés, et que l'UE « se tient prête à soutenir la Tunisie dans le respect de ses obligations ». Sur la révision du quota, la Commission laisse la porte ouverte sans se prononcer : une décision sur de nouveaux niveaux de capture, dans le cadre du plan de gestion pluriannuel pour le détroit de Sicile, pourrait être adoptée lors de la prochaine session annuelle de la CGPM, prévue en octobre 2026, où l'UE définira sa position de négociation.

D'ici là, les quotas approuvés et les obligations INN demeurent en vigueur. Pour les équipages et les unités de conditionnement tunisiennes, cela signifie que le produit à forte valeur ajoutée autour duquel une filière d'exportation s'est construite reste hors de son principal marché européen pour au moins deux mois de saison supplémentaires.

Le correctif que personne ne conteste

La réunion d'octobre se jouera sur la preuve, et la preuve est précisément ce que la Tunisie maîtrise. Les scientifiques des pêches et les orientations de la CGPM convergent : documentation vérifiable des captures au débarquement, journaux de bord électroniques sur les navires concernés, et données de suivi des navires réconciliables avec les certificats d'exportation. Les pays qui ont obtenu une révision de quota dans une organisation régionale y sont généralement parvenus en arrivant avec une série chronologique défendable, non avec une objection à la précédente.

Cela comblerait aussi la seconde faille, interne celle-là. La certification de 50 960 kilogrammes face à un plafond de 36 000 s'est faite dans les circuits administratifs tunisiens. Un système de traçabilité qui bloque un certificat d'exportation dès que les débarquements cumulés approchent le quota national est un équipement standard pour une pêcherie de cette valeur ; il aurait transformé une interdiction d'importation européenne en alerte interne plusieurs semaines plus tôt, pour une fraction du coût que supportent aujourd'hui les pêcheurs.