GAFSA — La Fédération générale des mines, relevant de l'UGTT, a déposé lundi un préavis de grève générale de trois jours, du 1er au 3 septembre, sur l'ensemble des sites de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG). Le préavis a été adressé au ministre de l'Industrie, de l'Énergie et des Mines, au ministre des Affaires sociales, au secrétaire général du gouvernement, au directeur général de l'Inspection du travail et de la conciliation, ainsi qu'au directeur général de la CPG.

Les revendications énumérées portent presque toutes sur des engagements déjà pris. La fédération demande l'application immédiate de tous les procès-verbaux de réunions et accords conclus, l'application des augmentations salariales convenues, le relèvement de l'indemnité de fin de carrière au niveau de celle versée au Groupe chimique tunisien, une hausse de 4 % de l'indemnité de compensation, et l'intégration des augmentations de 2015, 2016 et 2017 dans le salaire de base de l'ensemble des agents. Les membres du Conseil sectoriel des mines, réunis le 30 juin, avaient déjà décidé de recourir à la grève en l'absence de réponse de la direction générale et de l'autorité de tutelle à leur demande de réunion de travail.

Aucune de ces revendications n'est nouvelle. Trois d'entre elles concernent des augmentations négociées il y a huit à onze ans et toujours pas intégrées au salaire de base.

Pourquoi ce conflit ne porte pas que sur les salaires

La CPG n'est pas un employeur ordinaire. Elle est le producteur unique du phosphate brut tunisien, le fournisseur en amont du Groupe chimique tunisien et — via les dérivés phosphatés — un contributeur significatif aux recettes d'exportation, à un moment où le déficit commercial atteint 14,96 milliards de dinars à fin juillet, dont plus de la moitié imputable à l'énergie. Elle est aussi le principal employeur formel d'un gouvernorat où le taux de chômage du bassin minier figure parmi les plus élevés du pays depuis deux décennies.

C'est précisément cette combinaison qui rend le conflit récurrent. Parce que la CPG est le seul grand employeur de la région et la seule source de la matière première en aval, chacune des parties dispose d'un moyen de pression et aucune ne dispose d'une porte de sortie. La production a été interrompue à de multiples reprises depuis 2011 par des sit-in, des blocages routiers et ferroviaires et des grèves, et elle n'est jamais revenue durablement à ses niveaux d'avant 2010. L'Économiste Maghrébin rapportait en décembre 2025 que la compagnie avait de nouveau manqué ses objectifs annuels de production.

La réponse de l'État a pris la forme d'un plan plutôt que d'un règlement. En juin, la CPG et le Groupe chimique tunisien ont présenté une stratégie chiffrée à 2,7 milliards de dinars visant à porter la production commerciale de phosphate à 9,4 millions de tonnes à l'horizon 2035, avec un objectif intermédiaire de cinq millions de tonnes en 2028. Le plan traite des équipements, des laveries, de la logistique et des nouveaux gisements. Il ne traite pas du dossier social, qui a coûté à l'entreprise plus de journées de production que n'importe quelle panne d'équipement.

L'écart que le plan ne couvre pas

Il y a ici une asymétrie qu'il faut nommer. Un plan d'investissement peut être annoncé par des ministres et financé sur une décennie. Un accord sur des augmentations rétroactives doit être signé, budgétisé et exécuté par une entreprise dont les finances sont elles-mêmes l'objet des revendications syndicales — la fédération demande aussi des mesures pour redresser la situation financière de la CPG et garantir sa pérennité. Autrement dit, le syndicat ne demande pas seulement à être payé : il demande à l'État de réparer le bilan qui explique pourquoi il ne l'a pas été.

Ni le ministère de l'Industrie ni la direction de la CPG n'avaient répondu publiquement au préavis lundi soir.

Ce qui pourrait rompre le cycle

Deux approches sont avancées par les observateurs du secteur. La première est procédurale : un calendrier d'exécution publié et daté pour les accords déjà signés, assorti d'un comité de suivi paritaire incluant l'Inspection du travail, de sorte que le respect des engagements devienne vérifiable plutôt que contesté. C'est le mécanisme que la fédération réclame implicitement lorsqu'elle exige l'« application immédiate de tous les procès-verbaux et accords ».

La seconde est financière et découle de la logique même du plan de relance. Si l'incapacité de la CPG à honorer les accords passés relève d'un problème de trésorerie et non d'un refus, alors le séquencement compte : le programme de 2,7 milliards de dinars présenté en juin engage de l'argent public sur la capacité, et des parties prenantes plaident pour qu'une tranche définie soit affectée en priorité à l'apurement du passif salarial, au motif qu'aucun investissement en laveries ne produit de tonnes si les agents ne sont pas sur site.

Le préavis légal court jusqu'au 1er septembre. Cela laisse deux semaines pour tenir la réunion de travail que le conseil sectoriel réclame depuis juin.