TUNIS — Le comité d'organisation des Journées Cinématographiques de Carthage a ouvert les inscriptions de films pour les quatre compétitions officielles du festival, en vue d'une 37e édition qui se tiendra du 12 au 19 décembre 2026.
Les dépôts sont ouverts pour la compétition des longs métrages de fiction, celle des longs métrages documentaires, celle des courts métrages et la section Carthage Ciné Promesse, réservée aux travaux d'école et aux premières œuvres. Les inscriptions se ferment le 15 septembre et doivent être effectuées exclusivement via la plateforme en ligne du festival, inscription.jcc.tn.
Conformément au règlement, les œuvres soumises doivent être réalisées par des cinéastes d'origine africaine ou arabe, être achevées dans les 24 mois précédant la manifestation, et n'avoir fait l'objet d'aucune diffusion publique ou commerciale en Tunisie avant l'ouverture de la session.
Cet appel fait suite à une séance de travail tenue lundi soir au ministère des Affaires culturelles, présidée par la ministre Amina Srarfi en présence du comité directeur du festival. Selon un communiqué du département, la ministre a appelé à l'organisation d'une édition « exceptionnelle » pour marquer le soixantième anniversaire de la manifestation. La réunion a passé en revue les orientations de la programmation, les célébrations de l'anniversaire, les sections prévues, les invités et les hommages, ainsi que les aspects logistiques, le budget alloué aux activités et les cérémonies officielles. Un volet important de l'édition sera consacré à la documentation historique, en partenariat avec la Télévision nationale et d'autres institutions publiques.
Soixante ans, trente-sept éditions
L'écart entre les deux chiffres est l'histoire même du festival. Conçues en 1966 par Tahar Chriaa comme une plateforme militante pour le cinéma arabo-africain, les JCC se sont tenues en alternance biennale avec le Fespaco de Ouagadougou pendant l'essentiel de leur existence, avant de passer à un rythme annuel au cours de la dernière décennie. Elles restent le plus ancien festival de cinéma encore actif en Afrique et dans le monde arabe — plus ancien que Ouagadougou, plus ancien que la plupart des industries nationales qu'elles ont été créées pour rassembler.
Cette vocation fondatrice est la bonne grille de lecture pour l'édition à venir. Chriaa a imaginé Carthage à un moment où les cinéastes africains et arabes ne disposaient d'aucun circuit de diffusion propre ni d'un lieu où leur travail constituait l'événement principal plutôt qu'une section régionale. Six décennies plus tard, le problème de la diffusion a changé de forme sans disparaître : les plateformes ont élargi l'accès aux publics tout en concentrant les décisions d'acquisition dans un petit nombre de services d'achat étrangers, et le maillage des salles tunisiennes hors du Grand Tunis reste ténu.
Ce qu'on demande à une édition anniversaire
Le volet documentation annoncé par le ministère est le plus concret des projets décrits à ce stade, et sans doute le plus durable. Soixante ans d'archives de Carthage — copies, catalogues, procès-verbaux de jurys, images conservées par la télévision nationale — forment une source primaire pour l'histoire du cinéma arabe et africain qui n'a jamais été rassemblée systématiquement en un seul lieu. Que ce travail survive aux huit jours de décembre dépendra de son traitement : projet institutionnel permanent ou programmation d'anniversaire.
L'échéance immédiate, elle, appartient aux cinéastes. D'ici au 15 septembre, les comités de sélection décideront de ce que la soixantième année des JCC donnera effectivement à voir — et, dans une région où plusieurs cinématographies nationales produisent sous la guerre, la censure ou l'effondrement des financements, quels films auront simplement pu être achevés.