TUNIS — L'actrice tunisienne Eya Bellagha a remporté le prix de la meilleure actrice débutante au Festival international du film d'Amman, dont la septième édition s'est achevée lundi soir à la citadelle d'Amman, pour son interprétation dans « Where the Wind Comes From » d'Amel Guellaty.
Eya Bellagha y incarne Alyssa, une jeune femme de dix-neuf ans qui traverse le sud tunisien avec Mehdi, son ami d'enfance plus réservé, après qu'un concours artistique a ouvert la perspective d'échapper aux avenirs qu'on leur a tracés. Il s'agit de son premier grand rôle, dans le premier long métrage de la réalisatrice.
Le festival, sous-titré « Awal Film » — premier film —, est entièrement consacré aux œuvres inaugurales de cinéastes arabes et internationaux. Ses organisateurs indiquent que cette septième édition, placée sous le thème « Beyond the Frame », a enregistré la plus forte fréquentation depuis la création de la manifestation. Trois œuvres tunisiennes figuraient dans les compétitions officielles, selon La Presse.
« Nous voulons un cinéma qui ose des choix audacieux, un cinéma qui avance, trébuche et recommence », a déclaré la directrice du festival, Nada Doumani, lors de la cérémonie de clôture, propos rapportés par Mille World.
Au palmarès figurent également le Libanais Cyril Aris, dont « A Sad and Beautiful World » a obtenu l'Iris noir du meilleur long métrage arabe ainsi que le prix du public — Hasan Akil y étant distingué comme meilleur acteur débutant —, l'Irakien Hasan Hadi et son « President's Cake », prix du jury, et l'Égyptien Mohamed Rashad, meilleur scénariste débutant pour « The Settlement ».
Un film qui gagne depuis un an
Le prix d'Amman n'est pas le premier pour « Where the Wind Comes From ». Le film avait été distingué au Mediterrane Film Festival en 2025, et Amel Guellaty avait reçu une Étoile d'El Gouna en octobre de la même année. Il est sorti dans les salles françaises le 15 juillet 2026.
Cette trajectoire — circuit des festivals d'abord, sortie en salles à l'étranger ensuite — constitue la voie habituelle pour un premier film d'auteur tunisien, et elle est aussi à l'origine d'un reproche récurrent au sein du secteur. Une œuvre financée en partie par de l'argent public tunisien peut accumuler pendant dix-huit mois des reconnaissances internationales avant de devenir accessible au public national, faute d'un réseau d'exploitation dense et réparti sur le territoire. Le prix voyage plus vite que le film.
Ce que l'État dit engager
Le ministère des Affaires culturelles a construit son budget 2026 autour de ce goulet d'étranglement. La ministre Amina Srarfi a indiqué que les dépenses totales du ministère pour 2026 s'élèvent à 460,969 millions de dinars, contre 425,490 millions en 2025, et fixé l'objectif d'intégrer l'économie culturelle et créative au système productif avec une contribution visée de 3 % du PIB. La mesure la plus directement tournée vers la production est le relèvement du plafond de garantie du Fonds de garantie des industries culturelles, de 90 000 à 300 000 dinars, présenté comme un levier pour la création d'environ 200 entreprises du secteur.
Les instruments de garantie traitent du financement. Ils ne traitent pas, à eux seuls, de la diffusion, qui est précisément l'endroit où un premier long métrage tunisien s'enlise sur le marché intérieur. L'indicateur à suivre, pour qui veut juger du sérieux de l'ambition affichée des 3 %, n'est pas le nombre de films produits ni les prix remportés à l'étranger — ce palmarès est déjà solide —, mais le délai au bout duquel un film comme celui d'Amel Guellaty atteint un écran à Gafsa ou à Kasserine après en avoir atteint un à Paris.