TUNIS — Le Centre national du cinéma et de l'image (CNCI) a prolongé le délai de dépôt des candidatures pour la sélection du film qui représentera la Tunisie dans la catégorie de l'Oscar du meilleur film international, lors de la 99e cérémonie des Academy Awards. Les dossiers sont désormais reçus jusqu'au vendredi 21 août à 13h30, soit une semaine après l'échéance initiale du 14 août. Les dépôts s'effectuent au bureau d'ordre du CNCI, à la Cité de la Culture, avenue Mohamed V à Tunis, accompagnés des pièces attestant de l'éligibilité du film au regard des critères de l'Académie des arts et des sciences du cinéma. Une commission constituée sous l'égide du CNCI procédera au choix. La cérémonie est prévue le 14 mars 2027 à Los Angeles.
Une prolongation de délai est un acte administratif ordinaire. Ce qui rend celle-ci notable, c'est la saison dans laquelle elle intervient. Le cinéma tunisien connaît l'une de ses meilleures années en festivals depuis longtemps, et la procédure de sélection nationale se joue sur une fenêtre de deux semaines à la mi-août.
Une saison chargée
À la 83e Mostra de Venise, du 2 au 12 septembre, «The Hallow Man», premier long-métrage de Kamel Laaridhi, est retenu en compétition officielle de la 41e Semaine internationale de la critique — une section qui ne compte cette année que sept premiers films. Sa première mondiale est fixée au 9 septembre. «Plague» (Balaa), deuxième long-métrage de fiction de Youssef Chebbi, thriller politique tourné dans la région de Tozeur autour du charançon rouge introduit en Tunisie en 2010, figure parmi les six projets sélectionnés pour la 14e édition de Final Cut in Venice, l'atelier de post-production du Venice Production Bridge. Produit par Blast Film (Tunisie) et Supernova Films (France), en coproduction avec le Qatar, l'Arabie saoudite et la Slovénie, le film est doté d'un budget de 1,06 million d'euros et sera présenté aux distributeurs et programmateurs au Lido du 6 au 8 septembre. Kaouther Ben Hania siège au jury de la compétition officielle vénitienne, présidé par la réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal.
Plus tôt ce mois-ci, «Bakma» d'Abdelhamid Bouchnak a été présenté en avant-première mondiale à la 79e édition du Festival de Locarno, dans la section Fuori Concorso, avec Afef Ben Mahmoud membre du jury Cineasti del Presente.
Le problème de fond derrière une prolongation de routine
La Tunisie présente des films à l'Oscar du meilleur film international depuis des décennies sans avoir jamais obtenu de nomination. Les raisons ne sont qu'en partie artistiques. Le règlement de l'Académie impose une sortie commerciale qualifiante dans le pays d'origine à l'intérieur d'une fenêtre définie, et la shortlist est arrêtée par des votants qui découvrent les films par des campagnes : projections, presse, attachés de presse, un distributeur aux États-Unis. Un film choisi à la mi-août pour une cérémonie de mars dispose d'environ sept mois pour construire cette visibilité, le plus souvent sans ligne budgétaire dédiée.
Les pays voisins ont traité la question autrement. Le Centre cinématographique marocain conduit sa sélection nationale plus tôt dans l'année et l'assortit d'un appui à la distribution internationale ; les films tunisiens, eux, ont historiquement voyagé le plus loin lorsqu'un coproducteur français ou qatari portait la campagne — un schéma visible dans les montages de la sélection vénitienne de cette année.
La prolongation est elle-même un indice du problème : un délai qu'il faut repousser suggère que le vivier de titres déposés et éligibles était plus mince qu'il ne devrait l'être une année aussi riche. La contrainte tient probablement à l'éligibilité plus qu'à la qualité — une sortie commerciale qualifiante dans les salles tunisiennes n'a rien d'évident pour des films qui sortent en festival à l'automne, et le parc d'exploitation du pays reste réduit.
Ce que proposent les professionnels
Les mesures le plus souvent avancées par les producteurs tunisiens sont concrètes et peu spectaculaires. Publier la composition et les critères de la commission de sélection, comme le font plusieurs organismes nationaux européens, rendrait la décision discutable sur le fond. Aligner l'appel national sur le calendrier des festivals — en l'ouvrant au printemps plutôt qu'en août — permettrait aux films présentés à Cannes, Locarno et Venise d'organiser à temps leur sortie qualifiante. Enfin, une ligne dédiée à la campagne internationale du film retenu, même modeste, ferait passer une nomination du statut d'accident de coproduction à celui d'objectif réellement poursuivi.
Le dépôt des candidatures ferme vendredi à 13h30. Le film retenu représentera un cinéma national qui compte cet automne deux films à Venise, une réalisatrice dans son jury, et aucun dispositif établi pour transformer tout cela en campagne pour les Oscars.