TUNIS — « Bakma », le nouveau long métrage du réalisateur tunisien Abdelhamid Bouchnak, a été présenté en avant-première mondiale le 11 août dans la section Fuori Concorso de la 79e édition du Festival du film de Locarno, qui se tient en Suisse jusqu'au 15 août. Le Centre national du cinéma et de l'image (CNCI) a salué cette semaine la sélection dans un communiqué adressant ses félicitations au réalisateur et à son équipe.
Le film dure 117 minutes. Abdelhamid Bouchnak en a signé le scénario, la réalisation et le montage. Fuori Concorso — « hors compétition » — est la vitrine que Locarno réserve aux œuvres qu'il souhaite faire voir mais qu'il place en dehors des sections compétitives ; elle n'est associée à aucun prix.
La présence tunisienne au festival ne se limite pas à cette projection. La réalisatrice et comédienne Afef Ben Mahmoud siège au jury de Cineasti del Presente, la compétition de Locarno consacrée aux premiers et deuxièmes longs métrages, l'une des sections de découverte les plus suivies dans la programmation des festivals européens. Le CNCI a décrit cette combinaison comme « une double présence », témoignant de la place du cinéma tunisien sur la scène internationale.
Abdelhamid Bouchnak, révélé au grand public avec le film d'horreur « Dachra » en 2018, a décrit « Bakma » comme un film sur le silence et sur ceux que l'on fait taire — sur une jeunesse à qui l'on demande encore d'attendre, et sur une société où la violence devient ordinaire, selon des propos rapportés par Tekiano au moment de l'annonce de la sélection en juillet.
Ce que vaut une sélection, et ce qu'elle ne vaut pas
Les sélections en festival sont la monnaie d'une industrie du film qui en possède peu d'autres, et il vaut la peine d'être précis sur la valeur de cette monnaie. Une place en Fuori Concorso à Locarno est une véritable tribune internationale : elle place un film devant des agents de vente, des programmateurs d'autres festivals et des critiques dont la couverture détermine si un titre voyagera. Ce n'est pas un prix, et cela ne garantit pas à soi seul une distribution.
Le constat structurel derrière ces deux nouvelles est le même. Le cinéma tunisien continue de produire des résultats individuels — sélections, sièges de jury, prix à Carthage et à l'étranger — pendant que la base d'exploitation intérieure qui permettrait à ces films de trouver un public chez eux reste étroite. Un pays d'environ douze millions d'habitants compte un nombre réduit d'écrans commerciaux en activité, concentrés à Tunis et dans quelques villes côtières. Un film présenté à Locarno en août peut n'atteindre aucune salle à Kairouan ou à Gafsa.
Ce qui est proposé
Les instruments propres au CNCI — aides à la production, soutien aux festivals, cadre de coproduction qui a rendu possibles plusieurs longs métrages tunisiens récents avec des partenaires européens — portent sur la fabrication des films. Le manque se situe en aval.
Deux propositions reviennent chez les producteurs et les exploitants tunisiens. La première est la réhabilitation des salles fermées dans les gouvernorats de l'intérieur, une démarche que le ministère de la Culture a engagée par étapes et qui, selon les professionnels, appelle une ligne budgétaire pluriannuelle stable plutôt que des rénovations ponctuelles. La seconde est un circuit national de diffusion et de médiation — projections itinérantes, maisons de la culture, programmes scolaires — du type de ce que des manifestations comme les séances estivales « Ciné Vague » à Monastir démontrent à petite échelle chaque mois d'août.
Aucune de ces mesures ne changerait ce qui se joue à Locarno. Toutes deux déterminent si les œuvres célébrées à l'étranger sont un jour vues à la maison.